Travail final remis pour le cours COM 6020 – Théories générales de la communication

L’assaut du capitole durant la session de confirmation des résultats de l’élection présidentielle de 2020 a été un des moments les plus violents et plus sombres dans l’histoire politique contemporaine des États-Unis. La démocratie américaine n’a jamais vu un affront aussi significatif à son système depuis la guerre de Sécession. Jamais dans l’histoire de ce pays il y a-t-il eu une volonté de renverser un processus démocratique et passer à des actes violents ressemblants à ceux d’un coup d’État. C’est une histoire qu’on aurait cru commune en Amérique latine durant la guerre froide, mais en sol américain, l’édifice du capitole à Washington n’a jamais vu ça.
Plusieurs des mutinés portèrent des vêtements avec la lettre Q, parfois très simplement, d’autres décorées baroquement de symbologies américaines comme des aigles, des étoiles blanches sur fond bleu, et des franches blanches et rouge. Cette lettre Q fait référence à Qanon, le mouvement qui suit de près les messages et théories du complot (« drops ») de Q, un usager anonyme (d’où le diminutif « anon ») des forums internet 4chan, 8chan et 8kun. La lettre Q elle-même fait référence au plus haut niveau d’habilitation de sécurité utilisé au département de l’énergie américain, l’implication étant ici que cet individu est un « insider » de la machinerie bureaucratique et gouvernementale américaine avec un accès presque illimité a des secrets d’État (Griffin, 2021). Ce personnage (dont on ne sait pas si c’est une ou plusieurs personnes derrière) serait en train de filtrer les secrets les plus révoltants de la coupole gouvernementale pour ainsi mener une purge des mauvais éléments à Washington. Plusieurs figures de la droite américaine répètent la phrase « Drain the swamp » (drainez le marais) en référence à cette purge (Walker, 2020). Qanon se démarque d’autres mouvements de théories du complot par le simple fait que ses adhérents ont agis avec les informations qui étaient circulé sur 4chan, 8chan et 8kun. Les actions de ces partisans ont eu pour conséquence plusieurs blessés et 9 morts.
Dans les mois précédant l’assaut du capitole le 6 janvier 2021, Q martelait et faisait écho à la suggestion que les élections seraient frauduleuses et que le « Deep State », le terme qui décrit la machinerie étatique et secrète des agences de renseignement américaines (Cambridge Dictionnary, 2024), travaillait activement pour non seulement prévenir la réélection de Donald Trump, mais aussi, et en même temps, protéger leurs propres intérêts obscurs et sinistres, ceux du Parti démocrate et leurs alliés dans les plus hautes sphères de la société américaine (Publications 4796, 4832 et 4886, (Q Alerts | Intelligence Drops | WWG1WGA, s. d.). Dans les mois et les années qui suivront cette élection, plusieurs investigations et révélations confirmeront ce que le public général savait : il n’y avait jamais eu de fraude électorale (AP News, 2024).



Le sens commun et la logique suggèrent qu’avoir un complot de telle envergure, avec plusieurs centaines, voire de milliers de personnes impliquées dans des plans d’usurpation d’élections s’avère impossible. De plus, le décompte des élections est fait avec des machines supervisé par des légions de bénévoles, fonctionnaires, représentants des partis et tierces parties neutres qui s’assurent que le processus soit juste. Aux yeux et aux oreilles d’une personne rationnelle, ceci ne tient pas debout.
Malgré tout ce système politique et médiatique qui a prouvé au-delà de tout doute raisonnable qu’il n’y a n’avait pas de fraude électorale et malgré une machinerie électorale avec de « checks and balances » rigoureux, pourquoi et comment est-ce que les partisans de Qanon ont non seulement cru dans les théories du complot suggéré par ces « drops », mais ont aussi agis, de façon violente et mortelle, sur cette information? Qu’est-ce qui a poussé les partisans de Qanon de passer à l’acte?
Le concept du paradigme narratif, développé et proposé par Walter Fisher, offre une explication convaincante au phénomène de Qanon observé dans les mois survenant l’assaut du capitole. Le paradigme narratif suppose que 1) les humains sont des conteurs d’histoires, 2) les décisions et la communication sont basées sur de « bonnes raisons » , 3) ces « bonnes raisons » sont déterminées par le contexte historique, biographique, culturel et le caractère de la personne qui écoute, 4) la rationalité narrative est évaluée de façon naturelle par les personnes sur des bases de cohérence et fidélité narrative, elles-mêmes basées sur des expériences individuelles, 5) le monde est un ensemble d’histoires parmi lesquelles il faut choisir pour vivre la bonne vie dans un processus de recréation continuelle (Fisher, 1989).
Ce cadre d’analyse n’assume aucunement que les actions des manifestants du 6 janvier sont causées par l’ignorance ou un manque d’éducation. Ce que Fisher suggère à travers le paradigme narratif est que les manifestants, assumant une compétence cognitive complète, ont évalué l’histoire comme étant cohérents et fidèles, donc, selon l’auteur, une bonne histoire.
La cohérence narrative, selon Fisher, est le sens qu’a l’histoire, le fait qu’elle tienne la route, qu’elle se tienne debout (« whether it hangs together»). Cet aspect selon lui est évalué selon la 1) la cohérence argumentative ou structurelle, 2) la cohérence matérielle en comparant les histoires dans d’autres discours et 3) et la cohérence caractérologique. (Fisher, 1989). Fisher souligne l’importance de ce dernier aspect dans la cohérence narrative, parce que le fait qu’un histoire soit vraisemblable dépend de la fiabilité des personnages, qu’ils soient narrateurs ou acteurs (Fisher, 1989).
La fidélité narrative est la véracité et la fiabilité d’une histoire (est ce qu’elle est vraie ou probable?) selon Fisher. Elle est évaluée en comparant l’histoire à d’autres dans la même thématique et en appliquant ce que Fisher appelle « la logique des bonnes raisons ». Cette logique répond à des questions relatives aux faits, à la pertinence, aux conséquences, à la cohérence (« consistency »selon l’auteur) et aux questions transcendantales (Fisher, 1989). Selon Fisher, on juge la fidélité d’une histoire en la comparant à d’autres dans la même thématique pour déterminer si elles sont vraies ou probables. En analysant la cohérence d’une histoire, nous devons nous demander si que l’histoire est probable pour celui qui l’écoute?
Dans le chapitre sept de son livre Human communication as narration : toward a philosophy of reason, value, and action, Fisher utilise le cas de figure de Ronald Reagan pour analyser et démontrer sa théorie. Étant donné que les rhétoriques et les propos de Ronald Reagan font encore échos dans la sphère républicaine-trumpienne et de Qanon, avec des références au slogan de Reagan « Let’s make America great again », je crois qu’il est très pertinent de calquer une analyse sur le discours de Qanon en me basant sur l’analyse de Fisher.
Pour tester la cohérence et la fidélité du discours de Qanon, j’ai analysé les « drops » de septembre à décembre 2020. À titre de référence, les élections ont eu lieu le 3 novembre. J’ai utilisé une base de données qui compile toutes les publications de Q. Selon l’auteur de cette base de données, les publications ont été recueillies d’un agrégateur de publication de Qanon, administré par des partisans du mouvement (Kingsman, 2023). Il faut noter que même parmi les partisans de Qanon, il y a des inconsistances dans ce qui est considéré canonique (Papasavva et al., 2021). Cependant, en ce qui concerne l’échantillon, je n’ai pas trouvé de discrépances avec d’autres agrégateurs.
J’ai choisi ces paramètres pour cet échantillon pour diverses raisons. En premier lieu, il y a une proximité temporelle très pertinente entre les élections présidentielles du 3 novembre 2020 et l’assaut du capitole deux mois après. Ensuite, on remarque aussi un pic d’activité significatif en septembre, avec 166 «drops» enregistrés dans le mois de septembre, une hausse de 159 du mois précédent (sept « drops »).

C’est aussi dans cette période que les termes « election fraud » (fraude électorale) et « stop the steal » (arrêtons le vol) ont leur pic de recherche sur Google (Google Trends, s. d.-a, s. d.-c). C’est dans cette même période aussi que le terme « Qanon » atteindra son 3e pic le plus haut en recherche (le pic le plus haut étant à la mi-août 2020 et les semaines autour du 6 janvier 2021)(Google Trends, s. d.-b).



Il y a finalement une question d’envergure pour ce texte. Le corpus des « drops » de Qanon est très vaste, ressemblant à celui d’une religion ou secte, comptant près de 5000 publications, le plus ancien datant d’octobre 2017. Il serait impossible de faire une analyse pertinente de toutes ces publications et la faire rentrer dans cet essai.
Dans beaucoup d’aspects, les discours de Ronald Reagan et de Qanon sont très similaires. Fisher commence par remarquer que le discours de Reagan échoue le test de rhétorique si on applique le paradigme du monde rationnel. En bref, le paradigme du monde rationnel présuppose que: (1) les êtres humains sont essentiellement rationnels ; (2) le mode paradigmatique de la prise de décision et de la communication humaine est l’argumentation – un discours qui présente des structures inférentielles ou implicatives clairement définies ; (3) la conduite de l’argumentation est régie par les impératifs de la situation; (4) la rationalité est déterminée par la connaissance du sujet, la capacité d’argumentation ; et (5) le monde est un ensemble d’énigmes logiques qui peuvent être résolues par l’analyse et l’application appropriées de la raison(Fisher, 1989). On peut arriver à la même conclusion en appliquant ce même test au discours en ligne de Qanon : la rationalité est complètement absente lorsqu’il martèle des accusations de pédophilie envers les démocrates, de complot du Deep state et de doutes sur la pandémie de la Covid -19. Q ne développe pas ses arguments de façon rationnelle, il est très désarticulé dans sa logique et ne suit pas les règles de l’argumentation. Il présente la plupart du temps des preuves qui sont douteuses et difficilement réfutable tombant très souvent dans le raisonnement fallacieux de l’appel à l’ignorance. Il est clair aussi, vu comment l’assaut du capitole s’est déroulé, que les actions de cette foule de gens n’émanaient pas de décisions rationnelles.
Or, comme dans le cas de Reagan dans l’analyse de Fisher, Qanon échoue aussi le test de rhétorique si on applique le paradigme narratif : on remarque des inconsistances dans les faits et la cohérence à travers toutes ses publications (Papasavva et al., 2021), comme dans le cas du post 4692 ou il faisait allusion à une possible conspiration entre les régimes syriens, la ligue anti-fascistes et les feux de forêt en Californie.

Donc, comment peut’ on expliquer l’adhésion au discours en ligne de Qanon? Tout comme Fisher le propose dans son analyse, on peut tester la cohérence en regardant l’histoire de Q basée sur des valeurs américaines et le personnage de Q et ses intentions. On peut tester aussi la fidélité en regardant l’audience « patriotes » dans le discours de Q (comment les partisans s’identifient comme héros et sauveurs).
Dans la période de l’échantillon, nous pouvons remarquer des éléments et séquences de pensées qui se répètent de façon systématique décrite par Fisher. Nous remarquons surtout un martèlement constant des mêmes messages, des cris de ralliement, des attaques aux mêmes ennemis et un appel a un grand changement.
En plongeant dans l’univers et l’histoire de Qanon, on remarque très rapidement qu’on est immergé dans une histoire manichéenne qui englobe toutes les sphères de la société américaine. On comprend très vite que les démocrates sont l’ennemie existentielle du peuple américain, ne voulant qu’emprisonner le peuple américain sous le prétexte d’un « virus inventé », grâce à leurs connexions dans des agences de renseignement. Les héros, comme nous le verrons bien, sont les fiers Américains de souche, chrétiens, issus du peuple, qui veulent simplement préserver leur mode de vie qu’ils perçoivent en danger. Une autre figure du bien incarné n’est rien d’autre que Donald Trump, de qui les slogans comme « Make America Great Again » ou « Drain the swamp » sont répétés à plusieurs reprises. Contrairement à une rhétorique argumentative où il y aurait de la nuance et un ordre logique à la présentation de l’évidence pour soutenir une thèse, à travers ses publications, le personnage de Q présente ses preuves de façon désarticulée mais très claire, hyperbolique et contrastante pour susciter des émotions chez son auditeur, plutôt que de transmettre une idée. Cet appel à l’émotion a eu un effet galvanisant chez les partisans de Qanon, au point de les pousser à l’insurrection. C’est cet appel à l’émotion qui fait de l’histoire de Qanon si envoûtante pour ses partisans.
Les personnages sont une composante nécessaire de toute bonne histoire, et les personnages dans celle de Qanon ne sont pas l’exception. Selon le paradigme narratif de Fisher, les personnages, qu’ils soient protagonistes ou antagonistes, sont organisés par des tendances et des actes qui reflètent leurs valeurs morales. Ces personnages agissent de façon consistante et prévisible dans le temps : les démocrates sont des corrompus qui essayent d’usurper une élection. Donald Trump, ses alliés et les patriotes partisans de Qanon sont des envoyés de Dieu qui vont venir sauver les États-Unis des démocrates.
C’est justement cette cohérence morale dans le personnage de Q, qui selon le paradigme narratif, permet à l’audience d’ignorer les inconsistances rationnelles dans les faits et preuves qu’il expose. C’est aussi cette cohérence morale qui permet au personnage de Q de postuler les théories de complot les plus tordues. Une des constantes dans tout le chaos des théories suggérées par Q est le rappel des valeurs traditionnelles conservatrices américaines et chrétiennes, avec des références constantes au mythe fondateur des États-Unis, celui de la révolution (Q se réfère à ses partisans comme « patriotes ») (Publications 4627, 4739, 4942, (Q Alerts | Intelligence Drops | WWG1WGA, s. d.).



Fisher remarque que quand on a déterminé qu’une personne est fiable et « bonne », on est prêt à négliger ou à pardonner beaucoup de choses : des erreurs factuelles si elles ne sont pas trop dramatiques, des erreurs de raisonnement et des divergences d’action occasionnelles (Fisher, 1989). Dans le cas de Reagan, Fisher juge que son imperméabilité face aux attaques politiques ordinaires s’explique également par le fait qu’il est facile de l’identifier à des qualités et à des forces mythiques souvent désignées collectivement sous le nom de « rêve américain »(Fisher, 1989).
C’est ce jugement sur la valeur sur Q qui non seulement lui permet de gagner la confiance de ses partisans, mais aussi de les rassembler dans un groupe homogène, créant ainsi un sentiment de communauté et d’alliance vers un mal qui est perçu comme commun à tous. Ceci peut être remarqué par l’usage de l’acronyme WWG1WGA (« Where we go one we go all », là où nous sommes un, nous sommes tous). Ce jugement sur la valeur de Q lui permet aussi de continuer dans son discours malgré les erreurs factuelles et logiques.
De l’autre côté de la médaille, lorsque les personnages n’agissent plus de façon fiable et caractéristique, quand il y a une rupture dans cette continuité, il y a un retournement de la part de l’audience. Il est justement le cas suite à l’assaut du capitole et le silence radio de Q dans les forums, son dernier « drop » avant l’assaut datant du 8 décembre (il y aura 13 autres, mais 2 ans plus tard en 2022) (Q Alerts | Intelligence Drops | WWG1WGA, s. d.). Les partisans de Qanon se sont trouvés déçus non seulement par le déroulement du processus de confirmation au sénat, évènement qu’ils voulaient freiner, mais aussi par l’assermentation de Joe Biden (Callaghan, 2022; Sardarizadeh & Robinson, 2021).
La fidélité est l’aspect d’une histoire qui touche une audience. Une histoire a de la fidélité quand elle se relie à une expérience vécue de celui qui l’écoute ou quand elle est cohérente avec l’histoire que l’auditeur se raconte de lui-même. Sur cet aspect, Fisher note que toute histoire et forme de communication rhétorique ne décrit pas seulement le monde, mais implique également un public, des personnes qui se conçoivent d’une manière très spécifique.
Comme il a été mentionné dans les parties précédentes, le discours de Qanon invoque les valeurs traditionnelles conservatrices américaines et chrétiennes. Tout comme le note Fisher dans le discours de Reagan, concevant son audience dans des termes héroïques, Q se réfère à ses partisans comme des « patriotes » et répétant l’acronyme WWG1WGA. Grâce à ce type de discours galvanisateur, les partisans de Qanon, des individus déjà ostracisés par leurs croyances en des théories du complot, se sentent validés dans leur croyance et se sentent identifiés au groupe des patriotes, comme le rapporte Andrew Callaghan dans ses documentaires (Callaghan, 2021). Dans ce cas-ci, il serait plus pertinent de parler de foi plus qu’une croyance, parce que c’est cette foi même qui permet de faire fi de la pensée logique, rationnelle et argumentative. Essayer de convaincre un fanatique, qui est submergé dans un discours narratif, un discours de nature émotif, avec des faits dans le cadre d’un discours logique s’avère impossible, équivalent à vouloir communiquer dans 2 langues différentes.
Une histoire a aussi de la fidélité narrative quand elle donne des bonnes raisons pour guider les actions futures (Fisher, 1989). Fisher définit les bonnes raisons comme les éléments qui fournissent des garanties pour l’acceptation ou l’adhésion aux conseils encouragés par toute forme de communication qui peut être considérée comme rhétorique (Fisher, 1989). Il est important de noter que par garantie, Fisher entend ce qui autorise, sanctionne ou justifie la croyance, l’attitude ou l’action. Selon lui, toute « bonne raison » est aussi bonne que n’importe quelle autre. Ceci signifie que tout ce qui est considéré comme une base pour l’adoption d’un message rhétorique est lié à une valeur ou à une conception du bien (Fisher, 1989).
Ceci explique non seulement la motivation des partisans de Qanon de passer à l’acte, mais aussi leur état d’esprit durant l’assaut du capitole. À travers des accusations constantes et des expositions de « faits », que ce soit des connexions vagues entre les agences de renseignement et le parti démocrate, la fraude électorale ou des allégations que le gouvernement est contrôlé par des pédophiles, le personnage de Q n’a pas arrêté, depuis ses premières publications, à alimenter et fournir de bonnes raisons a ses partisans. Ces raisons étant, et ne se limitant pas à : purger les mauvais éléments de Washington; prévenir la nomination de Joe Biden, un démocrate qui va continuer la subjugation du peuple américain avec la covid-19 (une maladie qui n’existe pas); retourner aux années dorées des États-Unis; prévenir le contrôle de groupe antiraciste comme Black Lives Matter ou de la Ligue antifasciste; etc. Dans la narrative de chacun des participants de l’insurrection, face à ce constat fournis par Q, où ils considèrent que le pays est dans un état de crise existentielle. Selon eux, les personnes qui sont là pour protéger le peuple et la constitution (comme la police ou les forces armées) ne sont pas en train d’agir. Donc, dans leur logique, la démarche à suivre était claire et les raisons assez bonnes et suffisantes pour se justifier de prendre les armes et entrer avec force dans le capitole. Dans leur propre narrative, ils sont les héros du peuple, défendeurs de la démocratie, une incarnation moderne des milices américaines prêtes à exercer leurs deuxièmes amendements. Dans leurs narrative, ils avaient non seulement le droit, mais l’obligation morale d’aller défendre la démocratie d’une élection qui leur a été soi-disant volée.
Il y a cependant quelques contradictions dans ce qui est observé dans ce cas de figure et ce que Fisher remarque par rapport à l’audience. Fisher constate que les humains ont une habileté, ce qu’il appelle parfois le sens commun, pour détecter de fausses histoires. Si l’audience a un sens commun, alors comment expliquer l’adhésion de celle-ci malgré le fait que les théories de Qanon sont fausses?
Comme il a été mentionné plutôt, selon Fisher, on juge la fidélité d’une histoire en la comparant à d’autres dans la même thématique pour déterminer si elles sont vraies ou probables. En analysant la cohérence d’une histoire, nous devons nous demander si que l’histoire est probable pour celui qui l’écoute. Il y a certainement un aspect de gymnastique mentale lorsqu’on traite de théories du complot, si on applique le paradigme rationnel. Une explication qui prend en compte le paradigme du monde rationnel et le pousse à son extrême est celle du raisonnement fallacieux de l’appel à l’ignorance. Ce raisonnement peut être observé dans les sphères complotistes où on cherche à trouver des preuves pour les théories du complot proposées. Celles-ci sont rarement réfutées parce que l’origine de ces preuves sont soit prise hors de contexte ou fabriquée et impossible de réfuter (comment peut-on réfuter rigoureusement que les démocrates ne sont pas de satanistes pédophiles?). Mais si c’est ce raisonnement fallacieux qui pousse le paradigme du monde rationnel a son extrême, c’est vraiment l’appel à l’appel à l’émotion qui va vraiment fournir les preuves suffisantes pour déterminer que c’est le paradigme narratif qui peut expliquer de façon claire l’adhésion au mouvement de Qanon dans les mois précédant l’assaut du capitole. Par contre, dans les rares moments où les théories son réfutés et démantelés, comme au moment de l’inauguration de Joe Biden, le voile et le mystique qui entoure les théories complotistes s’effondrent et laissent les partisans perplexes et désorientés (Sardarizadeh & Robinson, 2021).
On peut conclure que le paradigme narratif de Walter Fisher explique bien le phénomène complotiste de Qanon dans les mois précédant l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021. En examinant de près la cohérence et la fidélité de l’histoire ainsi que des personnages dans les « drops » de Q, il est possible de comprendre comment les partisans de Qanon ont été captivés et galvanisés par un récit émotionnellement puissant, malgré ses incohérences et son manque de fondement factuel.
L’adhésion à Qanon ne peut être réduite à une simple question de rationalité ou d’éducation. Au contraire, elle est enracinée dans un besoin profondément humain de trouver du sens et de la validation dans un monde complexe et incertain. Le discours de Qanon a fourni à ses partisans une histoire dans laquelle ils pouvaient se voir comme des héros luttant contre un ennemi commun, tout en renforçant leurs identités et leurs valeurs. Ce paradigme ne justifie en aucun cas les actes atroces qui ont survenu lors de ce jour très obscure dans la politique américaine, mais elle offre une perspective qui aide à comprendre les pourquoi et les comment.
Bibliographie
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Papasavva, A., Aliapoulios, M., Ballard, C., De Cristofaro, E., Stringhini, G., Zannettou, S., & Blackburn, J. (2021). The Gospel According to Q : Understanding the QAnon Conspiracy from the Perspective of Canonical Information. https://doi.org/10.48550/ARXIV.2101.08750
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