L’effet et les enjeux du blocage META sur les étudiants universitaires 

Rapport de recherche pour le cour EDP2400 – Communications pour le Web.

Remis le 3 octobre 2022

Angle de traitement : 

  • Comment le blocage médiatique de META affecte-t-il les étudiants universitaires ? 
  • Ce blocage annonce-t-il une montée de la désinformation pour la communauté étudiante ? 

Développement du sujet : 

Depuis le 1er août dernier, les nouvelles des médias canadiens ne sont plus disponibles sur les plateformes du groupe Meta. Plusieurs journaux canadiens en souffrent aujourd’hui, et l’accès à l’information locale devient difficile. Comment ce blocage affecte-t-il la consommation de l’information des étudiants universitaires, et quels sont les enjeux dans une ère de désinformation ? 

Le match de boxe figuratif entre le géant de l’internet Meta, compagnie mère de Facebook et Instagram, et le Gouvernement Canadien au sujet de la Loi sur les nouvelles en ligne, affaiblit les journaux canadiens. Parmi les victimes collatérales se trouvent les journaux étudiants, déjà en difficulté depuis quelques années. Au-delà de limiter dramatiquement la portée des nouvelles des médias étudiants dans les réseaux sociaux, cette loi a des conséquences inattendues et potentiellement très dangereuses pour l’avenir de nos jeunes et de la démocratie. Conçue avec l’idée de protéger les intérêts financiers de la presse canadienne, incluant les médias étudiants, elle pourrait en effet contribuer à la prolifération de la désinformation, un problème encore et toujours endémique aux réseaux sociaux.

En quoi consiste cette loi ? Selon le sommaire en tête, cette loi «a pour objet de régir les intermédiaires de nouvelles numériques en vue d’accroître l’équité au sein du marché canadien des nouvelles numériques et de contribuer à la viabilité de celui-ci.» Alors, comment est-ce qu’une loi, avec un objectif clair d’aider la petite presse canadienne, finit par non seulement lui faire du mal, mais aussi contribue à la désinformation ?

Selon Alain Saulnier, le gouvernement canadien, à travers le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC), canadien a manqué plusieurs rendez-vous pour réglementer la distribution de revenus avec les géants du web depuis plusieurs décennies. Déjà en 1999, le CRTC adopte une attitude  «hands off» par rapport aux médias en ligne, espérant «favoriser leur essor». Selon Saulnier, auteur de “Les Barbares Numériques”, c’est à ce moment-là que « le loup est entré dans la bergerie.»

« Nos médias (en particulier ceux de l’écrit) ont vu leurs revenus publicitaires, à la base de leurs modèles d’affaires, être détournés vers Google et Facebook » écrit-il. À elles seules, ces deux superpuissances empochent aujourd’hui plus de 80 % de la publicité en ligne. La loi C-18 vise donc à rééquilibrer ce rapport de force, du moins sur le secteur financier. En effet, cette loi stipule que Meta et Google doivent investir environ 230 millions de dollars dans l’industrie des médias au Canada pour maintenir leur capacité de partager des articles. Or, Meta a non seulement refusé publiquement de verser cette somme, mais a aussi avancé avec des tests de blocage de nouvelles sur Facebook au début de l’année, dans une action que la FPJQ qualifie de « chantage économique » dans un communiqué de presse. Dans la portée, ce blocage est très global et ne prend pas en compte les cas particuliers de chaque organisme journalistique. Résultat : les médias étudiants partout au Canada se sont vus affectés par cette démarche.

En effet, les réseaux sociaux sont une « porte d’entrée vers les sites web » affirme Patrick MacIntyre, directeur de rédaction à Quartier Libre, le journal indépendant de l’Université de Montréal. La fermeture de cette porte entraînerait une baisse substantielle de visites et de la portée des articles. D’autres publications pensent déjà à des alternatives et solutions, comme Campus Montréal de l’UQAM : retourner à la presse physique en augmentant le nombre de tirages.

Le blocage engendre une montée de la désinformation. Les réseaux sociaux, notamment Facebook et Instagram, ont un monopole grandissant sur la distribution de l’information, notamment dans la communauté étudiante. Selon un sondage CROP réalisé pour le Centre d’études sur les médias, 70 % des Québécois de 18-34 ans utilisent Facebook ou Instagram tous les jours à des fins d’information. Dans ce même sondage, presque 50 % des répondants entre 18 et 34 disent être soit beaucoup ou assez dérangés par cette loi au moment de consulter des informations. Dans l’ensemble, près d’un Québécois sur deux (44 %) considère Facebook et Instagram comme des sources importantes pour s’informer. Dans une ère de désinformation, ou de mésinformation, la régulation de la qualité du contenu sur les réseaux sociaux est essentielle aux enjeux démocratiques au 21ème siècle, ce qui ne semble pas être une priorité pour le groupe Meta. En effet, le blocage des grands médias canadiens en est un bon exemple. En interdisant l’accès à de l’information crédible et vérifiée, Meta discrédite les journalistes, pourtant « les chiens de garde de la démocratie », et incite des non-journalistes à propager des faits non-vérifiés. C’est un avis partagé par Éric-Pierre Champagne, vice-président de la FPJQ, de passage à l’émission radio Première Heure : «Les réseaux sociaux, et Facebook en est un, ce sont d’énormes états de désinformation, et notamment sur des enjeux de société importants. […] Par exemple, sur le changement climatique, il y a de plus en plus de comptes haineux qui désinforment sur le sujet, c’est à ça qu’on va faire face. Moins de nouvelles vérifiées et crédibles sur les réseaux sociaux, et plus de désinformation. C’est inquiétant. »

La prise de conscience de la population canadienne sur l’emprise de Meta sur le monde numérique et le contrôle de l’information pourrait engendrer des changements d’habitudes de consommation de ce contenu. Les étudiants, ultra-dépendants aux réseaux sociaux, sont les plus visés par ce blocage, et doivent trouver des moyens de le contourner. Plusieurs options sont possibles, telles que s’informer à la source : les grands médias disposent d’une multitude de plateformes qui permettent de diffuser une information crédible au public, il faut juste que celui-ci aille la chercher.

Éléments visuels ou graphiques :  Projet de loi sur les médias : Meta bloque du contenu canadien, Radio-Canada :

Meta et C-18 : une question de vie ou de mort pour les médias locaux et indépendants, ICI Québec : https://www.youtube.com/watch?v=zZsMMWI_dgw 

Tableau : À quel point est-ce que ce changement dérange votre consultation de nouvelles et d’actualité, c’est-à-dire vos habitudes de lire, regarder, commenter ou partager des nouvelles? https://www.cem.ulaval.ca/jeunes-c-18-crop

Tableau : En réponse à cette situation, avez-vous modifié vos habitudes de consommation des nouvelles et de l’actualité (…)?https://www.cem.ulaval.ca/jeunes-c-18-crop

Références principales : 

Boissonneault, A. (2023, 2 août), Meta passe aux actes. Quel impact pour le journalisme indépendant ? [Émission radio]. Première heure, Radio Canada. https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/premiere-heure/episodes/734880/rattrapage-mercredi-2-aout-2023

Brin, C. (2023, 8 septembre). Les jeunes plus touchés par le blocage des nouvelles sur Facebook et Instagram, Centre d’études sur les médias, https://www.cem.ulaval.ca/jeunes-c-18-crop/  

La Presse Canadienne, (2023, 28 août), Les médias étudiants aussi ciblés par le blocage des nouvelles par Meta. L’écho de Laval, https://www.lechodelaval.ca/actualites-nationale/les-medias-etudiants-aussi-cibles-par-le-blocage-des-nouvelles-par-meta/ 

Radio-Canada, (2023, 8 septembre). La FPJQ appelle les Canadiens à renoncer à Facebook et Instagram pour un jour, Radio-Canada, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2008933/journee-sans-meta-facebook-instagram  

Saulnier, A. (2022). Les Barbares Numériques, (3e éd.). Les Éditions Écosociété. 

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