Travail final pour le cours RED 2010 -Rédaction et communications publiques, certificat en communication appliquée à l’Université de Montréal
Trois phrases du livre Marcher entre les mots, la suite distillent l’essence du livre et du cours pour moi :
- Recommencer est la seule façon d’écrire
- L’école m’a appris à écrire, pas à raconter.
- Si vous savez écrire, vous pouvez tout écrire
Ces trois phrases résonnent profondément en moi.
Ce livre et ce cours marquent une autre étape dans mon parcours de réconciliation et de réhabilitation de ma relation avec l’écriture. Parce que cette relation n’a pas toujours été la meilleure.
Déjà, j’ai une très mauvaise calligraphie, ce qui est un très bon début pour parler de mon écriture.
Ensuite, j’ai été éduqué dans le système français, depuis la 2ème année du primaire jusqu’à la Terminale. J’ai fait la Terminale Littéraire, et évidemment, les cours étaient axés sur la littérature, la philosophie et les langues. Je ne sais pas pourquoi, mais les Français ont un fétichisme obsessif pour l’usage de mots pompeux, prétentieux et superflus, les phrases alambiquées, et le langage soutenu. C’est peut-être pour ça qu’ils en raffolent avec Mathieu Bock-Côté… Une critique très récurrente que faisaient mes professeurs était que mon écriture n’était pas assez soutenue, ou plutôt que j’étais trop directe. Je refusais de prendre part à l’étoffement de mes textes, optant pour aller droit au sujet. Bref, je ne tournais pas assez en rond… Je me souviens avoir lu le devoir de philo d’une collègue qui avait eu un 20/20. Ses arguments étaient très logiques, mais son écriture était d’une solennité étouffante. Je n’ai pas pu le lire jusqu’à la fin. C’était ça le standard pour un 20/20? Finalement, j’ai quand même eu une mention «Bien» et une note de 15/20 en philo.
J’ai aussi des cicatrices, quelques-unes plus profondes que d’autres, liées à mes expériences professionnelles dans le domaine des communications. Une d’elles a été causée par une personne que je considérais jadis comme mon mentor. Alors que nous étions en train de réviser mon CV ensemble, cette personne me donna le conseil d’enlever la mention «Bien» de mon baccalauréat littéraire, parce que mon «français n’était pas à la hauteur», et que c’était trompeur. Et moi qui m’étais efforcé pour obtenir cette mention…
Une autre cicatrice a été causée suite à mon congédiement d’une petite agence d’affaires publiques spécialisée dans le communautaire et les syndicats. C’était mon premier emploi après avoir fini mes études à McGill. Je ne suis pas spécialiste dans le communautaire et les syndicats. Une cliente faisait des remarques un peu trop méchantes sur mon écriture (qui était certes pleine de fautes grammaticales). Mon boss a dû prendre la décision logique.
Après toutes ces expériences et réalités sur l’état de mon écriture en français, tant la calligraphie, que la forme, que le contenu, je m’étais résigné à ne plus « bien écrire ». Et moi qui voulais poursuivre une carrière dans le domaine des communications, ça commençait très bien.
Toutes les étapes de mon parcours vers la réconciliation avec l’écriture, le regain de ma confiance et la réclamation de ma plume, ma voix écrite, sont marquées de moments de défiance envers les idées qui m’ont été sans cesse martelées pendant des années ou qui ont été formées suite à des expériences traumatiques.
Un premier moment est précisément le 27 février 2022 (selon mon journal). J’avais retrouvé mon ancienne plume, un cadeau offert par mon lycée lors de ma cérémonie de remise du Bac. Elle a mon nom gravé dessus et ça faisait longtemps que je ne l’avais pas utilisée. Elle est sèche et sale. L’usage des stylos à plumes est en déclin, et avec juste raison : elles demandent de l’entretien régulier, elles tâchent facilement et il y a des options beaucoup plus économiques et pratiques. À ça, s’ajoutent l’insécurité et mes complexes personnels par rapport à ma calligraphie. Plusieurs professeurs m’avaient déjà supplié de ne plus utiliser des stylos à plumes parce que cela rendait ma déjà mauvaise calligraphie encore plus inintelligible. « Pour utiliser une plume, il faut avoir une bonne calligraphie » me disait-on.
J’achète une bonne encre et je commence à gribouiller avec le stylo. Je commence à écrire la première entrée de mon journal. Bientôt, je finis le petit cahier que j’utilisais. Je commence à écrire sur d’autres papiers, mais soit ils absorbent beaucoup trop l’encre, formant des tâches, soit l’encre ne sèche pas assez vite. C’est alors que j’effectue des recherches sur des différents types de papier pour l’écriture au stylo à plume.
C’est là que je découvre le papier Midori. Toutes les sources sur l’internet racontent des merveilles sur ce papier japonais, conçu pour l’écriture au stylo à plume. D’un style très simple et minimaliste, très caractéristique des Japonais, ces cahiers transforment une activité aussi banale que l’écriture en une expérience sensorielle unique. C’est cette expérience sensorielle dans l’écriture qui a amorcé le cercle vertueux et de réconciliation que je suis en train de vivre en ce moment.
Mais j’entendais déjà les pensées complexées me dire : « Pour bien écrire, il faut écrire beau ». Ce n’est pas le goût d’écrire beau et ce n’est pas pour le goût de jouer avec les mots qui m’a ramené à l’écriture. C’est l’expérience sensorielle qui me donne l’envie d’écrire et qui me pousse à trouver de quoi écrire. C’est ça qui m’a poussé à tenir un journal, parce que j’aime le grattement de la plume sur le papier. C’est aussi simple que ça. C’est pourquoi j’ai recommencé à écrire.
Entretenir un journal est la deuxième partie de ma réconciliation avec l’écriture. C’est grâce à ça aussi que j’ai pu aussi améliorer la qualité de mon français à l’écrit. En me forçant à m’exprimer en français régulièrement, loin des regards évaluateurs, des commentaires critiques et des opinions normatives, j’ai noté une amélioration exponentielle de la qualité de mon écriture. J’ai enfin pu sentir son effet libérateur, au lieu d’être contraint par ses règles. L’école m’a appris à écrire, mais je me suis réappris à écrire par moi-même et tout seul. J’ai dû faire le travail du professeur de m’apprendre à aimer la langue.
Je considère ce cours et ce livre le chapitre le plus récent dans mon retour à l’écriture. Je vais être honnête, quand j’ai vu le nom du cours « rédaction et communication publique », j’ai immédiatement pensé que ça allait être un cours épais, avec des idées prétentieuses et normatives sur la langue française. J’ai cru aussi que ça allait être enseigné par un autre gardien du français, un autre des nombreux nombrilistes qui passent leurs vies avec le nez dans des bouquins moisis. J’étais presque sûr qu’on allait me dire ce que je croyais que je savais déjà : je ne sais pas écrire.
« Ça va être un exercice un peu futile, mais bon, c’est un cours obligatoire pour le programme, pas le choix » me disais-je …
C’est la première fois qu’on évalue mon écriture après longtemps. Je croyais que mon premier travail allait être médiocre. « Il y a d’autres qui écrivent beaucoup mieux que toi » me disais-je. Mais je n’ai eu que des belles surprises.
Le livre nous rappelle que la rédaction n’est pas une activité réservée qu’aux mordus de la littérature et de la langue. Ce cours a donné de l’eau à une graine de confiance dont j’ignorais l’existence, et qui tout d’un coup a commencé à pousser. Je ne me rendais peut-être pas compte, mais je préparais la terre pour cette graine sans le savoir.
J’ai pris ce cours parce qu’il était requis pour le certificat en communication. J’ai choisi de m’inscrire au certificat après avoir vu un conseiller en orientation professionnelle, parce que j’étais au chômage et je me sentais perdu.
Mais je me suis dit pourquoi pas viser plus loin. Peu après mon admission au certificat, j’ai posé une candidature pour une maîtrise en communication aussi. Je n’avais rien à perdre à ce moment. Si je n’étais pas admis, je continuerais avec le certificat. Si j’étais admis, je terminerais au moins ce cours. Ça me donnera une idée si une continuation dans le programme de maîtrise serait viable avec mon niveau de français.
Après ce cours, j’ai cette confiance. Je peux le faire.
Je sais écrire, je peux tout écrire.
Remis en décembre 2023